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Jérémy Piningre : l'image au corps et à cœur


QUI ? 
Jérémy Piningre.
Artiste, graphiste. 

Né au début des années 80 à Paris, il grandit dans le XXème arrondissement de la capitale. Sa mère travaille alors pour une compagnie de théâtre et son père réaalise des films documentaires. Chez lui, beaucoup de BD et de livres d’art qui forgent son goût pour le dessin. «Mon père dessinait pas mal, j’ai moi-même commencé à faire de la BD très jeune, à 3 ans. Si je ne savais pas encore que je voulais travailler l’image, je savais déjà que je voulais faire de la bande dessinée.» 

LA RENCONTRE 

Nous retrouvons Jérémy dans son atelier, près de la porte Saint-Martin, dans le Xème arrondissement de Paris. Mois de décembre oblige, le froid commence à s’installer, le ciel est gris. Pire, plombé. J’attends Jérémy dans la très vaste cour d’une copropriété en travaux lorsqu’il arrive à vélo, son moyen de locomotion  favoris.
Dans l’immeuble où se trouve son atelier, ils sont nombreux à être passionnés d’art.
L’espace est simple non sans une once de convivialité. Ici, les esprits s’affairent à la création loin de l’agitation parisienne, en compagnie de Fata, la petite chatte noire de Jérémy. «Je l’ai amenée ici parce que nous avons remarqué qu’il y avait quelques souris» dit-il un sourire en coin.
Nous montons à l’étage pour discuter plus amplement autour d’un café.
Jérémy est sympathique et réservé. Assis sur le canapé, jambes croisées, casquette vissée sur la tête, il nous raconte.

« Affinités artistiques »

Après un passage par la prépa d’art Glacière, il entre à l’école des Arts Décoratifs de Strasbourg où il publie ses premières planches et collabore à la réalisation d’un fanzine, aidé par son professeur de l’époque, l’artiste
Guillaume Dégé
Passionné par les structures, les formes et les matières, il étudie le design graphique avant de revenir à l’illustration à travers la bande dessinée. Il publie sa première BD, «
TONIC» en janvier 2015 aux éditions L’Association, en collaboration avec Mathieu Lefèvre, aussi diplômé des Arts Décoratifs de Strasbourg. «Je dois beaucoup à ma maison d’édition. Outre mes publications, c’est grâce aux BD qu’ils éditent que j’ai grandi culturellement ». Piningre aime l’image et la travaille sous diverses formes. Il rencontre avec son ami Théo Mercier le groupe d’électroclash Sexy Sushi dont il imagine la pochette d’album. S’en suit celle des musiciens nantais Mansfield Tya et plus tard, le premier album de son amie Juliette Armanet, dont l’illustration est réalisée en collaboration avec Théo Mercier et Erwan Fichou. «On est une bande de potes, c’est vraiment plaisant de travailler avec des personnes avec qui on partage des affinités artistiques». 
Son art, il le travaille à Paris, ville qui l’a vu grandir, où il a ses points d’attache. Il passe le jour entre République et le Faubourg Saint-Denis, dans son atelier, avant de rejoindre ses amis le soir à Belleville. Il bouquine en hauteur. S’il n’est pas chez «
BATT COOP» rue Doudeauville dans le XVIIIème arrondissement, il flâne souvent au «Monte-en-l’Air» dans le quartier de Ménilmontant. Jérémy aime Paris autant qu’il la déteste, c’est selon lui une belle preuve d’amour que de s’y échapper parfois pour respirer, et mieux la retrouver.

"Je fais très attention à la provenance de mes vêtements"

Appréciant la diversité des médiums et de l’expression artistique, Jérémy collabore avec Commune pour la collection Automne / Hiver 2018. Sébastien Lyky le présente à Alexandre Maisetti, avec qui il pense de nouvelles pièces. Graphisme et textile, l’éternelle passion Commune. "Je ne connaissais pas la marque avant, ça a été une découverte pour moi." confie-t-il. Ainsi, née la collection «Décombres» pour laquelle Jérémy imagine un grand dessin dans lequel les motifs des vêtements sont piochés. On y retrouve ses influences : les cailloux Gothiques d’Edward Gorey et les abstractions dansantes d’Hans Arp. Les visages cassés des statues grecques et les pierres érodées par la marée et le temps. Une façon pour lui d’exhumer les décombres de l’Histoire.

All black everything

Lorsqu’on l’interroge sur son style, Jérémy nous avoue qu’il n’est "pas très mode". Son uniforme ? Pull noir, jean noir, sneakers noires ou paire de Doc Martens- toujours noires- aux pieds. All black everything. "C'est neutre et facile à porter. Je n'aime pas trop me prendre la tete." Sans oublier la casquette, dont la visière cache ses lunettes rondes métalliques. Réservé jusqu’au vêtement ? Peut-être. Il avoue aussi avoir une grande collection de t-shirts à motifs et à logos, chinés dans un squat à Berlin: "L'endroit était énorme, il y avait des fringuespartout, c'était assez impressionnant" .
Ses achats ? Parcimonieux pour l'essentiel :"Je fais très attention à l’origine et à la provenance de mes vêtements et à ce que je porte. Je suis très sensible à l’écologie. Je n’achète pas de vêtements neufs, que je trouve hors de prix … je chine tout avec ma copine. Je lui fais confiance pour la sélection des matières, c’est elle qui m’a un peu initié à ça. D’ailleurs, je porte son col roulé noir en cachemire." dit-il en souriant. S’il apprécie les magasins de seconde main, il empreinte volontiers certaines pièces à ses amis "parfois même sans leur consentement !". Pas très adepte de la sape, Jérémy est néanmoins très sensible à l’art du vêtement. Son initiation à l’habillement se fait par les magazines de sa mère, dont «
100 idées», magazine des années 70 qui aborde la mode et l’art de vivre, en prônant le "do it yourself". Il se souvient, plus tard, d’une exposition de la Maison Margiela qu’il avait beaucoup apprécié. Au quotidien, il aime observer les gens au gré de ses pérégrinations dans les rues parisiennes ou assis en terrasse, une tasse de café entre les mains : "Les gens se regardent beaucoup à Paris. On se cherche un peu des yeux. Je trouve ça sensationnel ! Le truc chouette à Paris c’est que tout le monde fait attention à ce qu’il porte, même pour aller acheter le pain à la boulangerie. Il y a quelque chose de très touchant. C’est une sorte de générosité envers le monde. Faire attention à ce qu’on dégage extérieurement pour les autres, c’est quand même sympa !"


                                                                                            Nedjma Amrani pour Commune de Paris